Économiser de l’énergie intelligemment ?

L’autre jour, je me suis étouffé en feuilletant le 20 Minutes. Je suis tombé sur l’astuce de l’Energy Challenge 2016 conseillant de débrancher les chargeurs de portable pour économiser 1.4 kWh sur une année. Pour rendre l’efficacité de la mesure plus saisissable par les badauds, il était correctement indiqué que grâce à celle-ci vous pourriez économiser 30 centimes par année. Soit 1 centimes chaque deux semaines, incroyable, non ? Pas besoin d’un doctorat en économie pour se rendre compte que cette mesure est inutile en tout cas au niveau financier. Essayons de remettre les choses dans le contexte : est-ce la seule mesure d’économie d’énergie possible et la plus efficace de nos jours ?

CC-BY-SA Jim Bauer, Flickr

CC-BY-ND Jim Bauer, Flickr

Précisons tout d’abord que 1 kWh, un kilowatt-heure, est une quantité d’énergie qui correspond à 10 heure d’utilisation d’une ampoule à incandescence (les anciennes qui chauffaient beaucoup, dont vous vous souvenez sûrement!) d’une puissance de 100 Watt, donc 100 Watt × 10 heure = 1’000 Wh = 1 kWh (kilo veut dire un facteur mille). Le kWh est une unité d’énergie qui se calcule en multipliant la puissance électrique nécessaire à faire fonctionner l’appareil par le temps d’utilisation. Niveau économique, le kWh électrique suisse coûte environ 20 centimes. Sachant que l’habitant moyen de notre pays consomme annuellement 8’000 kWh [Banque Mondiale] cela représente environ 1’600 CHF par an. L’Energy Challenge vous proposait donc d’économiser 0.02% de votre consommation.

L’électricité n’est de plus pas la seule source d’énergie: lorsque vous prenez votre voiture, augmentez la température de votre chauffage, faite couler un bon bain chaud… vous utilisez probablement des carburants fossiles polluants: essence, diesel, mazout, gaz, … Monsieur Suisse consomme 37’000 kWh d’énergie par année toutes formes de consommation directes incluses [Banque Mondiale]. Cette valeur est habituellement indiquée en équivalent pétrole plutôt qu’en kWh, soit, ici 3.2 tonnes d’équivalent pétrole par personne. L’électricité ne représente donc que 20% de votre consommation énergétique. Le débranchement de vos chargeurs de téléphone réduirait ainsi votre consommation totale de 0.004%. Or, l’électricité suisse provient à 60% d’hydraulique et 40% de nucléaire: deux sources d’énergie propre ne produisant pas de CO₂ et dont les déchets sont maîtrisés, contrairement au CO₂ et aux particules fines rejetées dans l’atmosphère par la combustion d’énergie fossile. Cette mesure est donc totalement inefficace, à part peut-être à donner bonne conscience à ceux qui ne se sont pas posé la question de sa pertinence et qui se sont dit: « C’est écrit dans le 20 Minutes, c’est donc vrai ! »

Mais revenons à la mesure proposée et regardons s’il y a des coûts cachés pour mettre celle-ci en place. Supposons que votre chargeur est branché sur une multiprise au sol. Il vous faut donc vous baisser pour le brancher et le débrancher. Pour se faire vous abaissez votre centre de masse d’environ un 50 centimètres, en vous relevant vos muscles consommeront 0.5 Wh (0.0005 kWh, ou 0.41 kCal) qu’il faudra leurs fournir par de la nourriture [what-if.xkcd.com]. Si vous répéter l’opération deux fois par jour (dé/branchement) sur une année cela représente 0.3 kWh (ou 300 kCal) : au niveau énergétique, la mesure semble donc viable; au niveau économique la nourriture nécessaire pour 300 kCal correspond à deux barres chocolatées à environ 1.8 CHF pièces. L’exercice supplémentaire vous coûte ainsi 360 centimes pour en économiser 30. Si l’on considère en plus l’énergie nécessaire à la production de vos barres de chocolats (environ 3 à 25 × plus que celle fournie [treehunger]), on remarque qu’il faut plus que les 1.4 kWh pour se baisser 2 fois par jour. Conclusion de cet exercice un peu farfelu est que chaque mesure a un impact sur le système global qu’il faudrait prendre en compte pour être honnête.

Je vais enfin vous révéler le secret de deux mesures bien plus efficaces pour réduire votre consommation d’énergie globale. Saviez-vous que l’énergie nécessaire à faire fonctionner nos appareils électronique ne représente que la pointe de l’iceberg ? En effet, sur les étapes du cycle de vie d’un appareil depuis l’extraction des matériaux pour sa réalisation jusqu’à la livraison et de son recyclage peuvent correspondre à plus de 80% de l’énergie nécessaire [Low Tech Magazine et ifixit.org]. Cela veut dire qu’une énorme quantité de l’énergie est invisible aux consommateurs, c’est ce que l’on appelle l’énergie grise. Si vous voulez donc vraiment réduire votre empreinte écologique il suffit d’utiliser le plus longtemps possible les appareils achetés et surtout de n’acheter que ce dont vous allez vous servir sur une longue période. La Bonne Combine en parlait déjà en 1999 : L’écologie passe par la durée de vie d’un appareil et son auteur en remet une couche récemment  “Économiser l’énergie grise reste un défi majeur!“. Il est possible et de plus en plus facile de réparer la majorité des téléphones portables ou autres appareils, cela vaut la peine d’être considéré voir www.ifixit.org. Vous pouvez aussi acheter d’occasion et échanger vos gadgets avec ceux qui n’ont pas besoin des appareils derniers cris pour réduire les déchets produits.

Publié dans Énergie

L’inégalité au sein des OGM

Suite au très mauvais documentaire présenté par la RTS lors d’un précédant Temps Présent sur des OGM dans nos assiettes,  de grè ou de force”, je souhaite réagir en donnant un éclairage éducatif sur les organismes génétiquement modifiés. Le but n’est ni de répondre aux fausses informations de ce documentaires, ni de juger si les modifications génétiques sont bonnes ou mauvaises. Cette publication est une traduction d’un article paru sur The Conversation. Bonne lecture.

Ce sont leurs caractéristiques, pas leur méthode de production, qui comptent !

Champ de maïs, OGM ou pas ? Katie Harbath, CC BY-NC-SA

Beaucoup de gens ont une opinion ferme sur les plantes génétiquement modifiées mais ce terme induit parfois la confusion sur son véritable sens. Il serait plus logique de juger une plante par ses caractéristiques spécifiques plutôt que par la manière dont elle a été produite, qu’elle soit génétiquement modifiée ou pas.

Il existe des organismes hors du règne végétal dont le génome a été modifié, mais, sous l’appellation organismes génétiquement modifiés (OGM), cet article se réfère ici uniquement aux plantes. Son objectif n’est pas de juger si les OGM sont bons ou mauvais, mais au contraire d’expliquer comment les plantes avec un génome modifié sont créées. Il faut, de plus, définir ce qui se cache derrière ce terme : nous faisons référence ici à toutes les plantes dont le génome a été modifié par l’activité humaine.

L’humanité a changé le génome de pratiquement toutes les plantes cultivées.

Si l’on considère les OGM comme l’ensemble des plantes dont le génome a été modifié par les humains, alors une vaste majorité des fruits, légumes et céréales vendus en épicerie tombent sous le coup de cette définition. Toutefois, beaucoup de ces modifications ne sont pas apparues en laboratoire. En effet, dans une évolution agricole, les agriculteurs ont sélectionné soigneusement les plantes avec des caractéristiques supérieures afin de les cultiver et de les domestiquer. L’agriculture, par les milliers d’années de croisements traditionnels, a ainsi influencé l’expression du génome des plantes depuis leurs ancêtres sauvages originels.

image-20150408-18057-56zb3wLe chou commun ne ressemble en rien à son cousin domestiqué, le brocoli. Nicholas Turland, CC BY-NC-ND

Le brocoli, par exemple, n’est pas issu d’une évolution naturelle. Tout comme le chou-fleur, il a été sélectionné par l’homme à partir de la plante sauvage Brassica oleracea ou “chou commun”. Cette domestication est également à l’origine des variétés de fruits sans pépins (y compris ce que vous pensez être une banane) et de la majorité des céréales cultivées aujourd’hui qui n’existeraient pas sans l’intervention humaine.

Ce ne sont pourtant pas ces plantes qui viennent à l’esprit des gens lorsque l’on parle des OGM. Il est facile d’imaginer et de comprendre comment les agriculteurs peuvent cultiver de meilleures plantes en sélectionnant simplement les semences des plantes donnant les meilleurs rendements ou ayant les meilleures caractéristiques. Ils peuvent aussi imposer des croisements artificiels entre des variétés végétales différentes. L’activité agricole change ainsi le génome des plantes dans des expressions et variétés que la nature n’aurait jamais produites, pourtant les gens ne les considèrent pas comme des OGM.

La création d’OGM en laboratoire

image-20150408-18086-ja40u2Des scientifiques s’entraînant à des techniques de sélection basées sur des marqueurs. ICRISAT/CT. Hash, CC BY-NC

Après une étude suffisamment poussée des gènes d’une plante, ceux liés à des caractéristiques souhaitées, telles que la productivité ou la résistance à des insectes nuisibles, peuvent être identifiés et observés par des méthodes de biologie moléculaire et la cartographie des liaisons génétiques peut être déterminée. Ces cartes montrent la position relative des gènes dans les chromosomes, basée sur le nombre de transmissions d’un individu à sa descendance. Les gènes liés tendent à être transmis ensemble. Les chercheurs ont ainsi essayé de faire des rétrocroisements. Cette technique implique de faire des croisements de plantes filles avec leurs parents pour obtenir une nouvelle souche stable avec les caractéristiques désirées.

Les scientifiques utilisent des marqueurs moléculaires – séquences spécifiques et connues de gènes existant dans les cartes de liaisons génétiques – pour sélectionner les plantes qui contiennent le nouveau gène marqueur et la plus grande proportion de gènes favorables provenant de leurs parents. La composition des gènes transmis à la descendance étant simplement due à une combinaison aléatoire des gènes parentaux,  les chercheurs ne sont pas en mesure de forcer des combinaisons particulières de gènes. Ils doivent utiliser ce qui se produit naturellement;  ainsi cette approche de sélection par marqueur génétique nécessite beaucoup d’efforts et de temps afin d’essayer d’obtenir des plantes présentant les meilleures combinaisons de gènes.

Pour utiliser cette technique, le laboratoire utilise des outils de biologie moléculaire pour rechercher les séquences de gènes portant les caractéristiques désirées dans le génome des individus issus des croisements. Il arrive parfois que pour limiter les ressources nécessaires et accélérer le processus, les laboratoires utilisent des croissances de tissus cellulaires – une méthode permettant de faire croître plus de plantes en parallèle.

L’insertion d’un nouveau gène dans un OGM

L’ère de la biotechnologie agronomique débute dans les années 1980 avec Agrobacterium tumefaciens. Cette bactérie infecte naturellement les plantes et y produit, dans la nature, des tumeurs en transférant son ADN dans la plante infectée. Les scientifiques ont ainsi utilisé cette propriété naturelle de A. tumefaciens pour introduire dans une plante l’ADN modifié de cette bactérie contenant un gène souhaité.

image-20150408-18075-1gialxmAgrobacterium tumefaciens en train d’infecter une cellule de carotte. A G Matthysse, K V Holmes, R H G Gurlitz

Pour la première fois, il est ainsi possible d’introduire un gène spécifique dans le génome d’une plante, même avec des gènes qui ne font pas partie de la même espèce de plante – ni même du règne végétal. A. tumefaciens n’infectant pas toutes les plantes, les chercheurs ont développé diverses techniques imitant cette bactérie pour transférer de l’ADN sans son aide. Par exemple, il existe la micro-injection et les “canons à gènes”, où l’ADN sélectionné est injecté physiquement dans la plante ou encore, fixé sur des microparticules injectables directement dans le noyau des cellules des plantes.

Huit méthodes différentes pour l’injection de gènes dans une plantes sont présentées dans une revue récente. Ces techniques de biologie moléculaire utilisent diverses enzymes ou acides nucléiques (ADN ou ARN) pour introduire des changements dans les gènes d’une plante. Une méthode consiste à modifier la séquence d’ADN de la plante. Une autre ne fait pas appel à la mutation de l’ADN, mais introduit des modifications épigénétiques, c’est à dire des changements dans l’activité des gènes dus à des facteurs externes et transmis au fil des générations. Par exemple, les scientifiques peuvent ajouter des groupements méthyles (une molécule organique) à certains blocs de l’ADN. Ces modifications n’altèrent pas la séquence de l’ADN, mais permettent d’inhiber ou de favoriser l’expression d’un gène existant préalablement déterminé.

Tous les OGM ne sont pas résistants au glyphosate

Une plante génétiquement modifiée est simplement une plante dont le génome a été modifié par l’activité humaine. Pourtant de nombreuses personnes confondent cette idée de plantes OGM avec les plantes créées pour résister au glyphosate, un herbicide plus connu sous son nom commercial de Roundup. Il est vrai que les céréales OGM les plus connues contiennent un gène spécifique les rendant résistantes au glyphosate. Cela permet aux agriculteurs d’utiliser cet herbicide pour éliminer les herbes nuisibles tout en faisant pousser les céréales. Ce n’est toutefois qu’un exemple de l’insertion d’un gène dans une plante.

Il est sensé d’évaluer les OGM non pas sur leur méthode de production, mais plutôt sur leurs nouvelles caractéristiques. On peut, en effet, débattre de l’intérêt de la résistance au glyphosate qui a induit une utilisation croissante de cet herbicide alors que les autres OGM ne vont pas causer le même problème.

image-20150408-18089-zab3i7Du riz doré (à droite) comparé au riz blanc. International Rice Research Institute, CC BY

Ainsi, il est difficile d’imaginer pourquoi le riz doré, modifié pour être plus nutritif et contenir une plus grande concentration de vitamine A, pourrait nuire à l’environnement. Les OGM ont aussi été développés pour que les plantes produisent elles-mêmes des pesticides utilisés et agréés par l’agriculture biologique : par exemple une toxine naturellement produite par la bactérie Bacillus thuringiensis (ou Bt, d’où le terme de Maïs Bt). Cependant, même si ces OGM peuvent réduire l’utilisation de pesticides, ils peuvent également favoriser le développement d’insectes Bt-résistants. D’autres OGM ont été développés pour améliorer leur capacité de conservation ou leur aspect nutritionnel. Par exemple, la tomate “Flavr Savr” résistante au pourrissement, les ananas contenant du lycopène ou des tomates avec des anthocyanes. Ces deux composants sont présents naturellement dans d’autres fruits et sont considérés comme ayant des effets bénéfiques pour la santé.

image-20150409-15244-12bc0dbLa peur des croisements OGM entre règnes. elizaIO, CC BY-SA

La fameuse “tomate-poisson” contient une protéine antigel (issue du gène afa3) qui est présente naturellement dans la plie rouge et qui augmente la résistance au gel des plants de tomates. La tomate n’est pas composée de tissus de poisson, ni même d’ADN de ce poisson, mais seulement d’une séquence d’ADN identique à celle présente dans le génome de la plie rouge. La protéine  antigel afa3 est produite par le gène du même nom dans les cellules de tomates grâce aux mêmes mécanismes biologiques que ceux synthétisant les autres protéines constituant la tomate.

Y a-t-il anguille sous roche ? La question de savoir si l’introduction d’un bout d’ADN d’un organisme dans un autre est susceptible de modifier l’espèce concernée est un débat philosophique intéressant. Si un seul gène de poisson suffit à la tomate-poisson pour ne plus être une plante, sommes-nous humains, nous qui portons des centaines de gènes non-humains, vraiment humains ?

Auteur: Dr. Elizabeth Bent, Collaboratrice de recherche à l’Université de Guelph

Déclaration de publication: Elizabeth Bent a reçu un financement de la part du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation de l’Ontario (Ministry of Agriculture and Food) et du Conseil de recherche en sciences naturelles du Canada (Natural Sciences and Engineering Research Council). Elle est consultante dans sa propre entreprise, Renaissance Biological Solutions, Inc. Elle est biologiste moléculaire et microbiologiste et ne travaille pas pour ou avec des organismes génétiquement modifiés, ni n’entretient des relations avec des entreprises ou groupes promouvant l’utilisation de plantes modifiées génétiquement.

Traduction : Dr. François Bianco, Physicien sceptique passionné de sciences et de technologies

Déclaration de publication: François Bianco n’a aucun intérêt financier dans les technologies agricoles ou biotechnologiques et n’a reçu aucune rétribution pour le travail de traduction.

Relecteurs : Dr. Noé Curtz, physicien, Dr Cécile Monard, microbiologiste

Source: https://theconversation.com/not-all-gmo-plants-are-created-equally-its-the-trait-not-the-method-thats-important-39532

L’article peut être republié et réutilisé sous licence CC-BY-SA-ND, version exportable depuis Google Drive.

 

Si vous aviez malheureusement regardé le documentaire, voilà des pistes pour analyser ses sources d’informations :

Publié dans Sceptique

¡Pura vida!

Décision de dernière minutes, je vais profiter de cette fin d’année pour voir un autre bout du monde. C’est avec beaucoup d’excitation et un soupçon d’hésitation que j’achète mes billets quatre jours avant le départ : destination le Costa Rica. Même l’émetteur de ma carte de crédit ne semble pas croire mon départ possible, je reçois dès le lendemain un téléphone du service des fraudes pour s’assurer que j’ai bien passé les dernières transactions. Tout s’enchaîne rapidement. Plus le temps de réfléchir à ce que j’ai décidé, je refais mon sac, j’organise mes derniers jours en Suisse, dont un sur les lattes pour avoir un avant goût de l’hiver avant de partir à la plage. J’arrive même a trouver un appartement le soir avant mon vol. Et si certains m’ont dit avec un poil de jalousie « La chance que tu as ! », d’autres m’ont dit amicalement « On a que ce que l’on décide. ». Cela me fait penser à la devise “If you want it, make it happen”. (Si vous voulez quelque chose, faites que cela se passe.)

Une fois devant les écrans de départs à Genève, je remarque que les aéroports me semblent étrangement familier, sûrement normal après tous les vols que j’ai pris durant l’année passée. En attendant l’embarquement, je repense avec un grand sourire à mon voyage, à tous les gens que j’ai revus depuis mon retour en Suisse, aux amis de voyage avec qui j’ai réussi à garder contact, à ma future vie à Berne et à ce voyage totalement à l’improviste. Je profite de mon trajet pour dévorer “The Big 5 for Life” dont je vous ai parle récemment et qui m’a permis de remettre tout cela en perspective.

Le Costa Rica, cette fine bande de terre au milieu de l’Amérique Centrale est délimitée par le Nicaragua, au Nord et le Panama, au Sud et bordé par les océans Pacifique et Atlantique. Si ce pays possède une superficie d’un quart de plus que la Suisse, il n’a, avec quatre millions et demi d’habitants, qu’à peine plus que la moitié de notre population. Même si le pays est traversé par des chaînes de montagnes, rien de comparable aux Alpes, la majorité de territoire serait habitable. Pourtant, la population est concentrée à San José et les quelques villes de banlieue. En effet, plus de deux millions de personnes habitent dans la zone métropolitaine de la capitale, ce qui rend le reste du pays bien calme et sauvage. Aux alentours de la capitale, la végétation est luxuriante et d’un vert profond, sur les flans du volcan Irazú et des autres montagnes encerclant la ville poussent pois, pommes-de-terres, oignons et autres tubercules, alors que les vallées extérieures hébergent des plantations de café et de thé.

Dès leIMG_6416 Drops of water in the Sundeuxième jour, je retrouve, Pauline, rencontrée l’année passée au Myanmar avec qui je vais voyager ici à nouveau. Cette fois, nous partons en mode explorateurs avec notre quatre-quatre. Toutefois avant l’aventure, notre séjour au Costa Rica débute dans un cadre luxueux et très relaxant, à quelques kilomètres de la plage de Tamarindo, perdu dans une magnifique villa avec vue sur l’océan où l’on participe à une retraite de yoga. Devant notre immense villa, le soleil se reflète sur la piscine à débordement semblant couler directement dans l’océan. Celle-ci termine la spacieuse terrasse qui nous sert de salle de yoga et de salle à manger. Quoi de mieux pour commencer sa journée que de méditer et faire du yoga à la douce lumière du matin égaillée par le chant des oiseaux ? Durant presque une semaine notre petit groupe de cinq yogis se détend et profite durant la journée des plages environnantes. Je vous rassure, le cadre de cette retraite de yoga n’a rien à voir avec un camp d’ascètes, de vipassana ou d’autres orthorexistes — personnes avec une obsession pour la nourriture ultra-saine. En fait, on partage du chocolat (suisse évidement !), des vins argentins et chiliens, ainsi que des bières pour accompagner les excellents repas typiques costaricains. Malheureusement, les jours passent vite, il nous faut quitter notre confort trop luxueux pour prendre la route et partir à la découverte de ce pays en version backpakers. C’est le début de notre road trip. Nous nous rendons sur plages les plus au Nord de la côte pacifique, avant de prendre la direction des terres du Nord pour visiter nos premiers parcs nationaux.

Ce qui marque premièrement au Costa Rica, c’est que peu importe où que vous soyez dans ce pays, vous entendrez la fameuse salutation costaricaine «  Pura Vida ! ». Cette expression viendrait d’un film mexicain ¡Pura vida! de la fin des années cinquante qui s’est popularisée à en devenir le slogan du pays. Cette forme de salutations reflète bien, à mon avis, le climat agréable de ce pays où il fait bon vivre… sa signification est, pour ceux qui se souviennent du Roi Lion, l’équivalent de la philosophie hakuna matata. Ici, le coût de la vie est plus élevé que dans les pays voisins, mais la population est globalement aisée et vit dans des conditions excellentes. Les services médicaux y seraient même plus accessibles qu’aux États-Unis. Il reste bien sûr des choses à faire pour répartir les richesses, réduire le chômage et permettre une vie meilleure au plus pauvres, mais les disparités ne semblent pas aussi grande que dans d’autres coins du monde. Le Costa Rica a aussi une particularité dont peu de pays souverain peuvent se vanter : il n’a plus d’armée depuis 1949. Un exemple à suivre ?

Nous visitons après les quelques plages du Nord, le parc du Rincón de la Vieja — littéralement, le coin de la vieille — une région volcanique active avec des geysers, des bains de boue dégageant une odeur nauséabonde d’œuf pourris et d’autres fumerolles. Nous faisons aussi nos premières rencontre avec la faune locale. On y croise un coati ­— une sorte de cousin du raton laveur, typique de l’Amérique Centrale et du Sud — pleins insectes et, avec beaucoup de chance semblerait-il, un petit tatou qui est habituellement actif seulement de nuit. Dans les environs, nous nous rendons également dans le parc du volcan Tenorio qui abrite le Rio Celeste. Cette rivière d’un bleu azur serait, selon la légende locale l’endroit où Dieu rinça ses pinceaux lorsqu’il termina de peindre le ciel après la création du Monde. La physique nous explique cependant que c’est l’augmentation de l’acidité de l’eau au point de rencontre de deux rivières qui permet l’agglomération de cristaux d’aluminosilicate présents naturellement dans le Rio Buenavista. Ces nano-particules minérales en suspension dans l’eau dispersent la lumière, comme les gouttes d’eau lors d’un arc-en-ciel et à cause de leur taille diffuse principalement le bleu, comme l’explique une récente étude. [Castellón & al., Scattering of Light by Colloidal Aluminosilicate Particles Produces the Unusual Sky-Blue Color of Río Celeste (Tenorio Volcano Complex, Costa Rica), PLos One (2013) 8(9): e85165]

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Ceviche

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Patacones et purée de fjioles

Même si elle n’est, de bases, pas très épicées, la gastronomie locale réjouis les papilles. Nous dégustons, entre autre, le gallo pinto — un riz mélangé avec des fèves de haricots —, les fijoles — une purée de haricots noirs —, des plantains cuits, des œufs brouillés, des patacones — une sorte de frite locale a base de plantains —, des tamales — un riz collant cuit dans des feuilles de bananiers —, les fameux ceviches — un peu le sushi américain, à base de poisson frais cuit dans du jus de citron —, ou encore du riz sauté aux crevettes. Les plats sont habituellement épicés avec de la coriandre, des oignons, de l’ail du sel et peuvent être additionné d’une sauce verte locale appelée Salsa Lizano. Profitant d’être à proximité des zones de pêche pour manger beaucoup de poissons, j’ai probablement englouti une dose d’oméga 3 plus grande que celle cumulées sur les cinq dernières années…

Après ce passage dans les parcs du Nord du pays, nous retournons sur la côte à Samara. Nous en profitons pour visiter quelques plages confidentielles : Juanillo, Avallenas, qui complètent bien les Playa Flamingo, Negra et Junquillal vues auparavant. Depuis ce petit village, nous mettons le cap au Sud en suivant la côte de la péninsule de Nicoya. La vie sur cette péninsule y est douce, comme en témoigne le fait qu’il s’agit d’un endroit du monde où l’on reporte que les gens passent régulièrement le cap des cents ans en bonne santé. Le chemin de la côte emprunte ce que le Lonely Planet liste comme une des pires routes du Costa Rica. Nous roulons en effet sur des routes en terre, souvent défoncées, parfois boueuses et nous traversons plusieurs rivières à gué dont quelques une de nuit avec l’aide bienveillante d’un local qui se trouvait par chance sur notre chemin. Nous nous arrêtons à Santa Terresa, un petit village hippie de surf, yoga à l’atmosphère relaxante. Nous logeons à deux pas de la plage chez Juan qui nous montre comment nourrir les dizaines d’iguanes qui squattent le toit en tôles de son auberge. La plage de Santa Terressa est une vraie machine à vagues causées par le point de cassure de la côte. Imaginez vous dans l’eau, emporté par les courants et face à un mur d’eau prêt à s’abattre sur vous… cachant le suivant qui ne saurait tarder. On y surf jusqu’au coucher du Soleil. Le tableau est tellement beau qu’il semble presque irréel. Sur les grosses vagues jaillissent en ombres chinoises les surfeurs aguéris. Les nuages, le ciel et les vagues se mélangent dans des tons orangés, rouges et blancs. Et même si on est encore loin de surfer les vagues bleues, les blanches, plus calmes, nous offrent nos premières sensations sur les planches de surf. Simone, un italien qui s’est immigré pour faire du surf ici, nous coache avec enthousiasme. Je note que c’est un vrai plaisir de rencontrer des gens passionnés comme lui qui partage leur engouement spontanément. Le spot nous plait tellement que nous décidons d’y passer plus de temps avant de terminer notre visite de la péninsule par un petit saut à Montezuma. Nous traversons en ferry le golf de Nicoya pour continuer notre périple au Sud. Sur le bateau, la croisière locale s’amuse sans se soucier de l’orage qui s’abat en mer. Avec les éclairs au loin, la musique à fond, les bières et les danses, on se serait cru dans une boîte de nuit.

À prIMG_7048proximité de Playa Dominical, où nous logeons en plein cœur de la forêt dans une grande maison se mêlant avec la forêt luxuriante, nous trouvons notre deuxième coup de cœur au niveau des plages : Playa Hermosa. Finalement, à environ deux heures au Sud, nous atteignons Sierpe d’où nous partons explorer le parc national de Corcovado. Accompagné d’un guide local et de sa femme, nous commençons par une expédition de nuit dans la forêt tropicale à la recherche des fameuses grenouilles vénéneuses du Costa Rica. César, notre guide local passionné aussi, nous fais découvrir tous les insectes, araignées, oiseaux et reptiles du coin durant cette ballade à travers les nuages de moustiques… heureusement que le spray ramené de Thaïlande surdosé en DEET (50%, interdit en Suisse) en repousse un ou deux sur les centaines… on les chasse, on en mange, on en respire… mais cela fait partie de l’aventure. Le lendemain, un trajet en bateau un poil long nous conduit sur la région côtière du parc où nous observons quelques espèces de signes, des perroquets et des crocodiles. Nous avons même le privilège de voir un de ces dernier, ayant fait intrusion dans l’océan, en train de dévorer un pélican à proximité de ce qui serait une plage idyllique. La région Sud est également intéressante au niveau archéologique et historique. En effet, plusieurs sites, dont Finca 6 entre Sierpe et Palmar Sur présentent des sphères rocheuses parfaites, parfois polies. Celles-ci ont été taillées par la civilisation pré-colombienne, les Diquis qui régnaient sur une large partie du Sud.. Elles servaient probablement comme marque de pouvoir par les élites du delta. Depuis juin 2014, l’UNESCO a même ajouté ces sphères particulières dans la liste du patrimoine mondial.

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Traversée à gué à dos de mulet…

Il est désormais temps de repartir au Nord. Nous décidons de chevaucher une fois de plus les vagues. Mais, aléas du surf ! Lors de mon dernier jour en surf, à proximité de Jaco, je marche malencontreusement sur une raie tapie sous le sable, qui mécontente m’a piqué au talon. Ces poissons cartilagineux, qui sont en fait de la même famille que les requins, possèdent un dard effilé avec des denticules qui rentre comme un couteau dans du beurre dans la peau, infligeant ainsi au moins chanceux une belle coupure adjointe d’une bonne dose de venin. La douleur occasionnée est bien plus importante que celle d’une piqure d’abeille, j’en ai presque les larmes aux yeux. Finalement, à l’aide d’anti-histaminique et d’anti-inflammatoire la douleur s’estompe. Bref même si je n’ai pas pu profiter de mon dernier jour de surf, j’espère repratiquer ce sport fun prochainement. Et désormais, je saurais en plus qu’il vaut mieux frotter ses pieds dans le sable pour déranger ces animaux plutôt que de les écraser bêtement. Sachez que si vous vous faites piquer vous aussi, le venin est thermolabile, c’est à dire qu’il est inactivé par la chaleur : trempez le membre touché dans de l’eau à 45°C (attention à ne pas se brûler quand même).

Voilà, retour dans le tumulte de San José après avoir une bonne dose de calme, de relaxation, de surf et de soleil sur les plages. La boucle est bouclée. Merci à Pauline d’avoir partagé l’aventure costaricaine avec moi. À bientôt j’en suis sûr.

De retour à la maison, je vous souhaite d’ores et déjà une belle fin d’année ! Et n’oubliez pas de réaliser vos rêves. ¡Pura vida!

Publié dans Voyage

The Big Five for life

Inspiré par ma dernière lecture, j’ai envie de vous la partager. Comme certains le savent déjà, je n’ai pas l’habitude de lire des romans. Mes lectures se portent soit sur des livre de développement personnel ou alors à caractères scientifiques. Ces livres me permettent de mieux saisir notre manière de vivre et de réagir ou de mieux comprendre le monde qui nous entoure. Le livre dont je vais vous parler dans ce billet s’intitule “The Big Five For Life” (« Les cinq grands pour la vie »). Contrairement à d’autres livres de management ou de développement personnel, celui-ci est romancé ce qui rend sa lecture très agréable, tout en nous enseignant ses principes par l’exemple plutôt que théoriquement. Si vous comptez désormais le lire, ce que je vos recommande, mieux vaudra revenir ici plus tard, car ce qui suit est un résumé des enseignements les plus importants de celui-ci.

Toute l’histoire de ce livre tourne autour d’une question centrale, un peu déroutante : « Est-ce qu’aujourd’hui est une bonne journée pour votre musée ? » C’est par celle-ci que Thomas Derale interpelle Joe lors de leur première rencontre un bête lundi matin sur le quai du métro. Ce sera au fur et à mesure de leurs rencontres que Joe découvrira ce qui se cachait derrière cette question. Le musée dont parlait Thomas serait votre propre musée — celui qui révèlerait votre vie, mais non pas comme vous souhaiteriez la montrer aux autres, mais exactement comme vous la vivez. Si vous êtes toujours de mauvaise humeur, ou déprimé par ce que vous faites, cela apparaîtrait dans les photos illustrant ce musée spécial dont vous seriez, une fois votre vie terminée, le gardien ad eternum. Comment vivriez-vous si votre manière d’agir et votre humeur seraient conservées chaque jour pour remplir ce musée ? Prenez un instant pour visualiser votre musée jusqu’à aujourd’hui… satisfait ?

Thomas Derale est un caractère ultra-charismatique qui a su rester simple, malgré son succès en tant qu’entrepreneur. Il est à la tête d’un empire de quatorze entreprises employant des centaines de personnes. Il doit sa réussite à l’adéquation entre sa manière de vivre et le but de son existence. Il souhaitait donner aux gens l’opportunité de se réaliser et d’être elles-même en harmonie avec leur travail. Au sein de ses compagnies, il n’a donc engagé que des gens en accord avec le poste proposé et leur but personnel. Que verriez-vous, en effet, dans votre musée si votre vie n’était pas en accord avec votre but personnel de l’existence ? Probablement que celui-ci serait triste et noir. D’après Thomas, chacun d’entre-nous doit définir son propre but, il n’en existe pas un, identique pour chacun d’entre nous, il est personnel. Ce qu’il montre de manière excellente au travers d’exemples variés, mais pour cela je vous laisse vous plonger dans ce livre.

Joe va encore recevoir de Thomas un autre enseignement auquel se réfère le titre de ce livre. Les Big Five For Life – les cinq grands pour la vie — qui font écho au cinq grands animaux que l’on peut voir durant un safari dont Thomas était un fan. Si, lors d’un safari, vous ne voyez que trois de ces cinq animaux, celui-ci sera considéré comme moyen, quatre excellent et cinq parfait. D’après Thomas, en plus du but de l’existence, que l’on pourrait voir comme la manière de prendre le chemin, il demande à chacun de ses employés de définir les cinq choses qu’ils souhaiteraient atteindre ou avoir dans leur vie. Celles-ci seront comme des objectifs qui permettent de décider où aller. Pour s’assurer que chacun est en accord avec le but de son existence et ses big five, ses collaborateurs ont tous explicitement au dos de leur carte de visite leur big five ainsi que leur but personnel.

Les gens sont comblés de travailler pour Thomas puisque en accord avec leur but personnel et pouvant réaliser leurs big five. Les employés de Thomas sont donc plus motivés, plus efficaces, donc plus productifs. Ceux-ci sont aussi beaucoup moins sujet à quitter leur poste, ce qui augmente encore la productivité et réduit les coûts en évitant de devoir reformer continuellement de nouveaux collaborateurs. Pour Thomas, si les coûts plus l’effort engagé sont plus petits que les bénéfices attendus (C + E < B) cela vaut la peine de le faire. C’est cette recette qui a amené sa réussite.

Je vous invite donc à définir vos big five et votre but personnel et, peut-être, à les partager. De mon côté, j’y pense encore, mais voilà ce qui est passé par ma tête juste après cette lecture.

But de l’existence :

J’aimerais utiliser mon attrait et mes connaissances en science et dans les technologies de l’information pour la réalisation de projets innovants contribuant au bien commun.

Big five:

  •  Parler 6 langues couramment
  • Pratiquer du sport de manière adaptée à ma condition physique, si possible dans la Nature
  • Profiter du temps à disposition pour découvrir le monde et ses habitants
  • Contribuer à la communauté dans les domaines qui ont de la valeur à mes yeux
  • Vivre une relation de couple harmonieuse
Publié dans Livres, Personnel, Réflexion

Un téléphone équitable ? Le Fairphone.

Aprfairphone-logo@2xès cinq ans de bons et loyaux services, j’ai décidé de troquer mon ancien téléphone contre un Fairphone. Mon vieux HTC trouve une deuxième vie et fait entrer ma maman dans le monde des téléphone intelligent — ou smartphone, pour les utilisateurs d’anglicismes. Mais qu’est-ce que ce téléphone équitable ? Qu’offre-t-il de plus par rapport au marché actuel ?

Alors que les premiers i-téléphone version six font la une en se pliant dans les poches de leur propriétaire, un groupe d’utilisateurs utilisent désormais un téléphone dont le modèle économique et la fabrication depuis l’extraction minière et l’impact environemental en passant par l’assemblage sont les plus équitables et responsables possible. Voilà les critères que se sont fixés les créateurs du Fairphone :

  • une meilleure redistribution des bénéfices le long de la chaîne de production,
  • un contrôle de la provenance des composants pour éviter le financement de groupes armés, impliqués dans des conflits,
  • le recyclage d’anciens téléphones au Ghana, où sont abandonnés de nombreux déchets électroniques
  • une moindre consommation en énergie et une facilitation de la réparation et du recyclage.

Sur leur site web tout est transparent et la progression vers ces objectifs sont exposé ouvertement aux internautes curieux dans leur roadmap. J’ai choisi arbitrairement quelques points que je trouve digne d’intérêt pour montrer la mise-en-œuvre et la cohérence de leurs idées.

FAIRPHONE CostBreakdown_150dpi_130913Par exemple, le prix de vente du téléphone est entièrement détaillé dans une découpe des coûts présentées par la coopérative. Il serait intéressant de voir les montants alloué à la publicité par les marques conventionnelles de téléphones portables, qui en fin de compte est subventionnée par les acheteurs. On notera aussi au niveau du modèle économique que la coopérative Fairphone s’est auto-financée par les pré-commandes de clients qui ont attendus, pour certains, plus d’un an avant de recevoir leur téléphone mais qui étaient convaincus par l’idée et on accepté d’investir dans celle-ci. Aujourd’hui, plus de temps d’attente, si ce téléphone vous intéresse, il y en a en stock et vous le recevrez en quelques jours !

L’extraction minière est réalisée uniquement dans des zones sans conflits pour stimuler les alternatives et aider les populations locales. J’espère que l’exemple du Fairphone fera école, car pour avoir vu des mines aux Laos et visités d’autres en Bolivie, l’exploitation des ressources naturelles n’est réalisée pratiquement que pour minimiser les coûts d’extraction.

L’analyse du cycle de vie complète est en train d’être réalisée, mais on relèvera en premier lieu que le Fairphone n’inclut dans son emballage ni chargeur mirco-usb, ni écouteurs mini-jack d’où une économie substantielle d’énergie grise puisque les utiliseurs peuvent simplement réutiliser ceux qu’ils possèdent déjà chez eux (à l’exception des utilisateurs de i-téléphones qui ne respectent pas, eux, les standards industriels en matière de chargeur).

Le design de ce téléphone s’oppose également à l’obsolécence programmée imposée par nombre de constructeurs. En effet, la réparabilité du Fairphone est qualifiée de relativement bonne d’après le site de réparation communautaire i-fixit et surtout Fairphone fournit la liste complète des composants ainsi que des manuels libres et gratuits de réparation. La batterie peut être remplacée sans outils et les utilisées vis sont standards.

Si vous voulez en lire plus, Le Temps a justement parlé de ce téléphone dans ces colonnes hier. La plus grande ombre qui pèse sur ce genre d’initiative à mon avis est que pratiquement tous les utilisateurs subventionnent par leurs abonnements le remplacement aux deux ans de leur appareils mobiles, il faudrait que l’on puisse payer des abonnements sans payer cette taxe incitant au gaspillage.

Resources CC-BY-NC-SA Fairphone

Publié dans Economie numérique, Réflexion

De l’intérêt des licences libres

Shrimps at the marketDepuis bien longtemps, je suis un fervent utilisateur et promoteur des licences libres que ce soit pour mes bouts de codes, mes photos et mon blog. J’utilise aussi volontiers des images en licence Creative Commons dans mes présentations pour illustrer mes propos et tous les programmes informatiques que j’utilise sont des logiciels libres. Ce matin, je suis tombé sur une de mes photographies de voyage réutilisée pour illustrer les controverses liées à la pêche des crevettes. En faisant une petite recherche sur le net, j’ai trouvé plusieurs photos illustrant divers articles dont un sur l’éducation dans les zones rurales en Amérique Latine, un sur les codes culturels lors de repas en Thaïlande, et un sur le site d’une agence de Trekking au Népal, ainsi qu’une page de projet d’un logiciel libre.

Qu’est-ce que j’en retire ? De la satisfaction que mon travail soit vu et utilisé, des vues supplémentaires sur mes productions, mais surtout l’impression d’avoir contribué à mon tour à ce système d’échange et de partage libre et légal dont nous bénéficions tous les jours. En effet, qui ne cherche pas une information sur Wikipédia de temps en temps ? N’utilise (sans le savoir peut-être) des logiciels libres ? Ou, réutilise une image prise sur le net (malheureusement souvent sans vérifier la légitimité de la réutilisation et sans en citer la source) ?

Pourquoi ne pas mettre un droit d’auteur contraignant et monétiser mes productions ? Je vous retourne la question: combien d’entre-vous aurait été prêts à payer pour lire mes articles ? Combien paient pour l’utilisation des images piochées sur le net ? Très peu probablement. De toutes façons, j’aurais écrit et fait des photos lors mon voyage alors autant les partager en ligne et obtenir la satisfaction d’avoir un public. Je paie bien sûr le coût de production (mon temps, mes trajets, mon appareil photo et mon ordinateur), mais je l’aurais quand même fait pour moi et le coût de partage, une fois en ligne, est négligeable ou nul. Si je résonne un peu plus loin, on se rend compte que pour le partage de mes photos on est en pleine théorie des jeux en présence d’un dilemme du prisonnier, peut-être un peu biaisé puisque je sais que d’autres ont déjà collaborés et que j’ai déjà profité de leur partage. L’intérêt général est maximisé lorsque tout le monde collabore alors que si l’on optait tous pour le choix de l’option « vente  », on serait tous perdant.

J’en profite pour vous rappeler qu’en faisant une recherche de photos sur Flickr vous pouvez choisir de ne voir que les photos sous licences libres Creative Commons (sous le bandeau du haut après avoir tapé un mot de recherche). Bon partage !

Les articles en questions ci-dessus :

Publié dans Culture libre, Propriété intellectuelle

Résumé en vidéo de mon voyage

Je vous invite une dernière fois à voyager en image à travers les photos que j’ai prises durant les derniers mois.

Around the World travel 2013-14 from François Bianco on Vimeo.

Publié dans Personnel, Voyage

L’Inca à l’oreille cassée

Le Pérou — le pays des Incas — sera l’ultime destination en Amérique Latine de mon voyage. Il n’y a à premières vues pas de différences flagrantes avec la Bolivie, sauf les prix un peu plus consolidés par une économie légèrement plus forte et des infrastructures plus développées.

Je débarque de la fête bolivienne du Gran Poder en plein Corpus Christi — la Fête Dieu — à Cusco. Je déguste donc plusieurs jours supplémentaires de parades catholiques. Les fervents croyants défilent au travers de la ville en portant avec grande peine des statues de plusieurs tonnes sur leur épaules. La fête est si importante que l’on dirait que personne ne travaille ici et pourtant les festivités durent quasiment tout le mois de juin. Bien assis sur la terrasse d’un café plongeant sur la Place d’Armes, je profite du spectacle rapidement abrutissant tant il se répète. Quelques jours plus tard, au lieu des lourds fétiches religieux, c’est l’Inca qui défile en ville. Enfin c’est un comédien payé pour amuser les riches touristes venant assister à l’Inti Raimy — la fête Inca du Soleil — reconstituée sur le site de Sacsayhuamán artistiquement et non scientifiquement, puisque l’on en sait pas grand chose. Le Soleil était fêté par les populations locales le jour du solstice d’hiver marquant la fin des récoltes et probablement la fin de l’année Inca. On le célébrait pour s’assurer son retour et permettre une bonne moisson. Lors de l’arrivée des espagnoles la fête a été déplacée au 24 juin et incorporée subtilement aux festivités catholiques pour absorber la culture locale et ne pas interférer avec la Fête Dieu.

cusco-swCusco — l’ancienne capitale Inca – dont les murs de certains bâtiments sont toujours constitués de pierres taillées par les Quechuas sous le règne de l’Inca, est à proximité de la Vallée Sacrée et de multiples sites archéologiques tout aussi incroyables les uns que les autres. Le Sacsayhuamán juste au dessus de la ville présente une technologie de construction de la fin de l’empire Inca. Les pierres de plusieurs dizaines de tonnes sont parfaitement ajustées les unes aux autres. Les murs sont inclinés de manière à mieux résister aux éventuels tremblements de terre. Je reste toujours autant admiratif devant les terrasses circulaires de Moray qui constituaient le laboratoire agronomique des Incas. Celui-ci leur a permis de tester, acclimater et améliorer les différentes variétés de céréales, pommes-de-terres et maïs à presque 3’500 mètres d’altitude. Il est impressionnant de réaliser que leurs plantes ont été, ensuite, diffusées dans le monde entier et constituent une des bases de l’alimentation humaine.

machupicchuÀ quelques heures de Cusco, une des rares villes inca ayant échappée aux conquistadors : Machu Picchu – littéralement, le rocher antique; toutefois attention à ne pas confondre Machu Pichu (Matchou Pitchou) et la version avec deux “c” (piktchou) au risque de dire le pénis antique… Ces ruines qui abritaient environ milles personnes sont un chef-d’œuvre d’ingénierie et de savoir-faire : construite à cheval sur une colline, impossible de voir celle-ci depuis le fond de la vallée si on ignore sa présence. Les chemins Inca y menant passaient par les montagnes, dans des falaises à faire rougir les constructeurs de bisses valaisans tant les parois sont abruptes. J’aurais la chance d’observer le lever du Soleil le jour du solstice d’hiver au-dessus du Temple du Soleil Inca; même si je n’ai pas vu de « phénomènes » archéo-astronomique (comme l’alignement d’ombre, la position du Soleil par rapport à une fenêtre…) ça sera un souvenir probablement indélébile. Malgré l’affluence touristique et la marchandisation du site, les ruines de Machu Picchu sont une merveille. La chance a aussi été avec moi, puisque j’ai pu resté sur le site toute la journée alors que depuis début juillet les entrées ne sont plus que d’une demi-journée pour permettre à plus de gens d’entrer sur le site.

Au détour de conversation avec les locaux, j’en apprends plus sur le train que j’avais boycotté pour son prix abusif (à quasiment 25 fois le prix du sillon (prix/km) suisse pour le billet le moins cher). Aucune compagnie n’appartient aux péruviens, les chiliens et les français se sont accaparés le marché juteux de la seul liaison possible au pieds des ruines. Le règlement est strict : les locaux ne peuvent voyager que à des heures précises dans leurs wagons de troisième classe, impossible pour un gringo de voyager avec eux, même pour les couples bi-nationaux ! On se croirait presque à l’aparteid. Le Pueblo Machupicchu en fond de vallée est une horreur du tourisme de masse : pizzerias, restaurants au service bas de gamme et aux prix abusifs… à retourner les momies Inca dans leur fardeau !

Je descends finalement l’Altiplaneau pour me rendre en région côtière, tout d’abord à Nasca. Les lignes de Nasca que les amateurs de croyances farfelues attribuent aux aliens (ou peut-être grâce à la domestication des dinosaures ? hum hum…), sont simplement tracées sur le sol plat et désertique et ne nécessitent que quelques concepts de base de géométrie et de la ficelle. Celles-ci représentent diverses figures symboliques et sont dessinées en enlevant les pierres du sol pour en  exposer le sable nu. Ces représentation ont probablement été utilisées comme lieu de rituels par les Nascas. Leurs cérémonies étaient sûrement complétées par la prise d’un extrait du cactus San Pedros contenant de la mescaline un alcaloïde hautement hallucinogène avec des effets proches du LSD qu’il est toujours tout à fait possible de consommer à l’aide de quelques chamans locaux. Ces lignes malheureusement souffrent actuellement de l’influence climatique du courant de l’enfant Jésus —  le fameux El Niño. Si elles ont survécues presque deux milles ans, c’est par la sécheresse extrême du lieu : il y pleut environ deux heures par année habituellement ! Les précipitations induites par le réchauffement des eaux côtières lessivent progressivement les lignes, dont les plus importantes sont de nos jours entretenues et retracées par les archéologues. Les Nascas ne se sont pas seulement amusés dans le désert, ils ont construits d’ingénieux aqueducs plusieurs mètres sous-terre combinés à des prises d’air en spirale pour faciliter le drainage des cours d’eau phréatiques. On notera malheureusement de nouveau, que le tourisme amène les abuseurs en tout genre vendant les billets d’avion à des prix surfaits au travers d’agences non-autorisées par le gouvernement…

cuyJe termine mon périple à Lima, où à l’entrée de la ville les fortes inégalités de revenus frappent. Les maisons de pailles font tranquillement place aux bâtiments modernes de plusieurs étages. Je me dirige en plus jusqu’à la côte dans le quartier de Miraflores qui pourrait facilement être transporté sur la côte étasunienne tant la richesse de ses habitants transparaît. Ce sera aussi mon retour aux supers-marchés et boutiques de luxes. Les prix ont grimpés par deux ou trois en moyennes (hors de lieux huppés bien entendu). Je profite encore de tester les plats typiques péruviens qui manquaient à mon registre : le ceviche – une salade de poisson cru — et le réputé cuy – du cochon d’Inde cuit à la broche ou frit. J’ai aussi utilisé mon retour au niveau de la mer pour confirmer l’efficacité de mon entraînement d’altitude. Après deux jours, je change de quartier pour aller vers le centre historique à deux pas des bâtiments gouvernementaux, où la vie plus traditionnelle a encore lieu. Derniers marchés locaux, derniers plats locaux, derniers bus locaux… il est temps pour moi de prendre le chemin du retour.

J’écris le premier jet de mon texte tranquillement assis alors que les autres passagers trépignent en attendant devant la porte d’embarquement. Le contraste de mes sentiments actuels par rapport à ceux de mon départ voilà exactement dix mois est étrange : une sorte d’euphorie me prend par moment lorsque je pense aux retrouvailles, surtout puisque ce sera une surprise pour tout le monde.

Publié dans Voyage

Du minimalisme

Dix fordad1mois sur les routes du monde, avec mon seul sac-à-dos. J’ai appris à vivre avec un minimum d’affaires, un unique pantalon, deux t-shirts et quelques affaires de montagne pour faire face au froid. Avant mon départ, j’avais aussi décidé de lâcher entièrement prise sur les objets que je possédais. Absolument tout ce que j’avais a été trié méthodiquement à chaque fois avec la même question « vais-je réellement et honnêtement me servir de cet objet dans le futur ». Dans la négative, il a été donné (ou vendu). Combien de choses traînent dans vos armoires, caves, galetas, gardes-meubles, garages pour une potentielle éventuelle utilisation future… et dont probablement, vous aurez oublié l’existence lorsque vous en aurez besoin ? Faites le tri, donnez, vendez, libérez-vous de l’attachement craintif pour les choses, de peur d’en manquer ensuite. « Moins [de choses] c’est plus [de liberté] ». Pensez, si vous n’avez pas le besoin d’acheter constamment et que vous êtes plus satisfait avec ce que vous possédez, ne serez-vous pas plus libre ? Bien au contraire de la pensée de vouloir toujours plus : un meilleur téléphone, une nouvelle voiture, une plus grande maison… et donc la nécessité de gagner plus et ainsi augmenter votre dépendance à votre argent. Cette manière de penser et fonctionner est un lègue malheureux de la surproduction des années vingt où l’on nous a éduqué via la publicité à la consommation compulsive, à l’obsoléscence et à la culture du jetable dans le but d’absorber l’abondance de bien sortant des usines américaines.

Bientôt dix mois sur les routes du monde, avec mes seules pensées. J’ai appris à vivre avec seulement les pensées positives qui m’entourent. J’ai été surpris du nombre d’idées, de préjugés, de manière de voir négatives que l’on traîne comme des boulets avec nous. Entre les gens qui me mettaient en garde avant mon départ : difficultés de revenir, problème pour trouver un travail, dangers autour du monde, solitude… Même entre voyageurs, on se transmet, parfois, nos craintes. En effet, en Asie avant de venir en Amérique du Sud, presque toujours le même refrain : « tu fera attention, il y a tellement de voleurs là-bas, tu tiendra ton sac sur les genoux dans les bus…». Oui, il y a des vols, mais pas forcément plus que chez nous, ni qu’en Asie. Je reste bien sûr alerte, mais j’ai lâché rapidement cette pensée qui m’empêchait de rencontrer les gens puisque je les soupçonnais d’entrée. Et vous combien de pensées négatives vous retiennent de vivre et profiter pleinement de ce qui vous entoure ? Trouvez-les et éliminez les ! N’avez-vous pas non plus des scripts mentaux donnés par vos proches, vos ennemis, votre patron que vous ne faîtes que de suivre par peur de les décevoir ? Si oui, éliminez, effacez et reprogrammez-vous selon vos besoins et vos attentes.

La phrase la plus dangereuse de la langue est « On a toujours fait cela comme ça. »
Grace Hopper

Bien sûr, en partant, j’ai quitté mon confort, la facilité de vie en Suisse – oui, ouvrez les yeux, vous avez un toit, à manger de l’agrent, des proches, des assurances, des institutions bienveillantes et tout le confort possible – pour vivre autre chose et autrement. Qu’avez-vous envie de vivre hors de votre zone de confort ? Briser un peu l’équilibre, vous fera découvrir plein de choses sur vous. Je me suis senti entièrement libre, pouvoir disposer de mon temps pour faire exactement ce qui m’intéresse, apprendre, lire. J’en ai appris bien plus sur le Monde et les différents pays d’un point de vue économique et social que ce que j’aurais pu le faire en restant chez moi. J’ai développé un peu mon habileté à prendre des clichés photographiques. J’ai appris l’espagnol. J’ai réfléchis et pris du recul sur notre monde occidental. Je me suis senti libre et j’en ai profité. « Qu’est-ce être libre pour vous ? »

Ne pourrait-on pas retourner à vivre plus simplement ? Je ne parle pas de retourner dans les bois avec des bougies ou un feu de camp, mais de se poser la question sur notre consommation. Ne pouvant qu’admirer la formulation de José Mujica, président d’Uruguay, je vous la retranscris ici (et vous invite à lire l’entrevue complète) :

« Ce n’est pas l’apologie de la pauvreté mais celle de la sobriété. Mais comme nous avons inventé une société consumériste, l’économie doit croître. Nous avons inventé une montagne de besoins superficiels ; nous vivons en achetant et en jetant. Mais ce que l’on dépense vraiment, c’est notre temps de vie. Parce que lorsque j’achète quelque chose ou que toi tu achètes quelque chose, tu ne l’achètes pas avec de l’argent, tu l’achètes avec le temps de vie que tu as dépensé pour gagner cet argent. A cette différence que la seule chose qui ne peut pas être achetée, c’est la vie. La vie ne fait que s’écouler et quel malheur de l’employer à perdre notre liberté. »

Le temps est plus important que l’argent, car « demain, comme n’importe qui, je serai un tas de vers qui s’en va », votre argent qu’un chiffre dans un ordinateur et vos choses vouées à la décharge.

stuff-cc-lyzadangerNe pourrait-on pas s’offrir plus d’expériences ? Plutôt que des objets dont on va se lasser très rapidement par accoutumance hédonique – le principe physiologique humain de revenir au même niveau de bonheur quoi qu’il arrive —, ne vaut-il pas mieux plonger proche d’une plage paradisiaque ? voir un concert de son chanteur favoris ? sortir dans un restaurant gastronomique avec ses amis ? prendre un cours ? Les expériences créent des souvenirs inoubliables et sont sujettes à la réinterpértation positive. Exemple, une randonnée à ski dans le grand Nord qui se termine par une nuit dehors à dormir sur un traîneau en pleine tempête de neige ? quelle aventure incroyable, non ? Celui qui m’a conté cette histoire avait un grand sourire en y repensant. Essayez à l’occasion l’expérimentalisme plutôt que d’acheter un objet dont vous n’avez pas vraiment besoin et dépenser votre argent dans une expérience… Comment vous sent(ir)ez-vous ?

Pour continuer la réflexion, je vous invite à voir quelques conférences TED en suivant les liens ci-dessous et à lire Stuffocation de James Wallon :

NB: Au passage, je m’excuse au près de Henri Ford pour le mauvais exemple. Il a, en effet, refusé le jeu de l’obsolécence et a continué a produire des voitures fiables durant plus de vingt ans, avant d’être forcé par la concurrence de General Motors, de laisser de côté ses principes.

Photo magasin CC-BY-SA lyzadanger (Wikipedia)

Publié dans Réflexion

Un brin de pérouésie

En attendant l’ultime récit de ce voyage presque terminé, je vous propose un peu de poésie libre qu’un ami de voyage a écrite à propos du Pérou.

En remontant le cours de l’Urubamba.

Après le Salkantay et ses glaciers, la descente en zone subtropicale…

Un opossum passe d”une branche à l’autre.
Des oiseaux trop discrets pépient.
Vol ivre des papillons au nom si suave ici.*
La végétation est dense. Les verts vivent, s’affrontent, se répondent.
Sur le ballast, l’acier luit.

Des coups de trompe, il faut s’écarter.
Perurail est moderne, mais suffisamment lent.
Les pistons, les bielles,se sont effacées.
Seule la graisse tâche encore les traverses.

L’Urubamba s’assoupit sur de rares paliers de bancs de sable avant de s’engouffrer entre des blocs colossaux, en rapides saccades, cascades et remous effroyables.

De part et d’autre, les parois de granit ne connaissent ni pente ni oblique.
Seuls l’abrupt, le vertical s’élèvent si haut où se déploient et se recomposent sans fin les brumes.

Deux tunnels et la voie ferrée penètre Aguas Calientes, récente horreur qui fait que le Pérou vit une époque moderne: Pizza, Snack, Coffee, Minimarket. Des trains y déchargent des passagers aussitôt engloutis des bus et combis qui klaxonnent et foncent.

Un sentier s’en échappe sous la sombre émeraude.
Puis des échelles démentielles de branches clouées, des cataractes de pierres, parfois un câble, adossées au ciel d’où ruisselle l’étain.
Aguas Calientes n’est plus qu’un plan.
En contrebas, gronde et roule l’Urubamba.
« Subir, subir, subir »*
Autour le vide,
impitoyable.
Au sommet épargné, des roches mastodontes érodés, Putukusi.
En face, sur des terrasses trop vertes, se meuvent de dérisoires points colores.

Le lendemain, après le tumulte nocturne continu de l’Urubamba, plus du triple d’amplitude d’escaliers.

* Mariposa
* gravir, gravir, gravir

 

Après un bus de nuit :
Vols de jour.

Un jour dans les Andes argentines à deux pas de l’Aconcagua,
le tour du Salkantay, Putukusi, Machu Picchu,
Cusco, des trésors incas détruits aux Indiens éblouis des ors catholiques,
sa procession démentielle, sur les épaules dévotes meurtries le poids torrentiel de l’argent sous les broderies,
tous les saints en fuite,
des souvenirs enfouis les images s’enfuient,
envolés,
ô mémoire fragile, révelateur futile, fixateur si utile…,

À une lieue de Cabanaconde, la Cruz del Cóndor domine le cañon.
Le lieu est propice: au matin, les falaises s’échauffent, l’air est porteur, les condors défient l’apesanteur.
Si peu battent leurs ailes.
Ballet silencieux, cous rentres, rémiges écartées, tout parait si simple.
En dessous, quelque mille mètres plus bas,
coule un rio,
une fraction d’éternité.

À Nasca, dès que s’envole la brume pernicieuse, décolle le coucou, il virevolte et se gausse de la rectitude de la Panaméricaine.
Depuis un à deux millénaires,
perroquet, alcatraz oiseau-serpent, pélican, condor, colibri,
oiseaux nasca, paracas ou wari,
au sol ont figé leur vol.

Yves Raidelet

Publié dans Invité, Voyage

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