L’inégalité au sein des OGM

Suite au très mauvais documentaire présenté par la RTS lors d’un précédant Temps Présent sur des OGM dans nos assiettes,  de grè ou de force”, je souhaite réagir en donnant un éclairage éducatif sur les organismes génétiquement modifiés. Le but n’est ni de répondre aux fausses informations de ce documentaires, ni de juger si les modifications génétiques sont bonnes ou mauvaises. Cette publication est une traduction d’un article paru sur The Conversation. Bonne lecture.

Ce sont leurs caractéristiques, pas leur méthode de production, qui comptent !

Champ de maïs, OGM ou pas ? Katie Harbath, CC BY-NC-SA

Beaucoup de gens ont une opinion ferme sur les plantes génétiquement modifiées mais ce terme induit parfois la confusion sur son véritable sens. Il serait plus logique de juger une plante par ses caractéristiques spécifiques plutôt que par la manière dont elle a été produite, qu’elle soit génétiquement modifiée ou pas.

Il existe des organismes hors du règne végétal dont le génome a été modifié, mais, sous l’appellation organismes génétiquement modifiés (OGM), cet article se réfère ici uniquement aux plantes. Son objectif n’est pas de juger si les OGM sont bons ou mauvais, mais au contraire d’expliquer comment les plantes avec un génome modifié sont créées. Il faut, de plus, définir ce qui se cache derrière ce terme : nous faisons référence ici à toutes les plantes dont le génome a été modifié par l’activité humaine.

L’humanité a changé le génome de pratiquement toutes les plantes cultivées.

Si l’on considère les OGM comme l’ensemble des plantes dont le génome a été modifié par les humains, alors une vaste majorité des fruits, légumes et céréales vendus en épicerie tombent sous le coup de cette définition. Toutefois, beaucoup de ces modifications ne sont pas apparues en laboratoire. En effet, dans une évolution agricole, les agriculteurs ont sélectionné soigneusement les plantes avec des caractéristiques supérieures afin de les cultiver et de les domestiquer. L’agriculture, par les milliers d’années de croisements traditionnels, a ainsi influencé l’expression du génome des plantes depuis leurs ancêtres sauvages originels.

image-20150408-18057-56zb3wLe chou commun ne ressemble en rien à son cousin domestiqué, le brocoli. Nicholas Turland, CC BY-NC-ND

Le brocoli, par exemple, n’est pas issu d’une évolution naturelle. Tout comme le chou-fleur, il a été sélectionné par l’homme à partir de la plante sauvage Brassica oleracea ou “chou commun”. Cette domestication est également à l’origine des variétés de fruits sans pépins (y compris ce que vous pensez être une banane) et de la majorité des céréales cultivées aujourd’hui qui n’existeraient pas sans l’intervention humaine.

Ce ne sont pourtant pas ces plantes qui viennent à l’esprit des gens lorsque l’on parle des OGM. Il est facile d’imaginer et de comprendre comment les agriculteurs peuvent cultiver de meilleures plantes en sélectionnant simplement les semences des plantes donnant les meilleurs rendements ou ayant les meilleures caractéristiques. Ils peuvent aussi imposer des croisements artificiels entre des variétés végétales différentes. L’activité agricole change ainsi le génome des plantes dans des expressions et variétés que la nature n’aurait jamais produites, pourtant les gens ne les considèrent pas comme des OGM.

La création d’OGM en laboratoire

image-20150408-18086-ja40u2Des scientifiques s’entraînant à des techniques de sélection basées sur des marqueurs. ICRISAT/CT. Hash, CC BY-NC

Après une étude suffisamment poussée des gènes d’une plante, ceux liés à des caractéristiques souhaitées, telles que la productivité ou la résistance à des insectes nuisibles, peuvent être identifiés et observés par des méthodes de biologie moléculaire et la cartographie des liaisons génétiques peut être déterminée. Ces cartes montrent la position relative des gènes dans les chromosomes, basée sur le nombre de transmissions d’un individu à sa descendance. Les gènes liés tendent à être transmis ensemble. Les chercheurs ont ainsi essayé de faire des rétrocroisements. Cette technique implique de faire des croisements de plantes filles avec leurs parents pour obtenir une nouvelle souche stable avec les caractéristiques désirées.

Les scientifiques utilisent des marqueurs moléculaires – séquences spécifiques et connues de gènes existant dans les cartes de liaisons génétiques – pour sélectionner les plantes qui contiennent le nouveau gène marqueur et la plus grande proportion de gènes favorables provenant de leurs parents. La composition des gènes transmis à la descendance étant simplement due à une combinaison aléatoire des gènes parentaux,  les chercheurs ne sont pas en mesure de forcer des combinaisons particulières de gènes. Ils doivent utiliser ce qui se produit naturellement;  ainsi cette approche de sélection par marqueur génétique nécessite beaucoup d’efforts et de temps afin d’essayer d’obtenir des plantes présentant les meilleures combinaisons de gènes.

Pour utiliser cette technique, le laboratoire utilise des outils de biologie moléculaire pour rechercher les séquences de gènes portant les caractéristiques désirées dans le génome des individus issus des croisements. Il arrive parfois que pour limiter les ressources nécessaires et accélérer le processus, les laboratoires utilisent des croissances de tissus cellulaires – une méthode permettant de faire croître plus de plantes en parallèle.

L’insertion d’un nouveau gène dans un OGM

L’ère de la biotechnologie agronomique débute dans les années 1980 avec Agrobacterium tumefaciens. Cette bactérie infecte naturellement les plantes et y produit, dans la nature, des tumeurs en transférant son ADN dans la plante infectée. Les scientifiques ont ainsi utilisé cette propriété naturelle de A. tumefaciens pour introduire dans une plante l’ADN modifié de cette bactérie contenant un gène souhaité.

image-20150408-18075-1gialxmAgrobacterium tumefaciens en train d’infecter une cellule de carotte. A G Matthysse, K V Holmes, R H G Gurlitz

Pour la première fois, il est ainsi possible d’introduire un gène spécifique dans le génome d’une plante, même avec des gènes qui ne font pas partie de la même espèce de plante – ni même du règne végétal. A. tumefaciens n’infectant pas toutes les plantes, les chercheurs ont développé diverses techniques imitant cette bactérie pour transférer de l’ADN sans son aide. Par exemple, il existe la micro-injection et les “canons à gènes”, où l’ADN sélectionné est injecté physiquement dans la plante ou encore, fixé sur des microparticules injectables directement dans le noyau des cellules des plantes.

Huit méthodes différentes pour l’injection de gènes dans une plantes sont présentées dans une revue récente. Ces techniques de biologie moléculaire utilisent diverses enzymes ou acides nucléiques (ADN ou ARN) pour introduire des changements dans les gènes d’une plante. Une méthode consiste à modifier la séquence d’ADN de la plante. Une autre ne fait pas appel à la mutation de l’ADN, mais introduit des modifications épigénétiques, c’est à dire des changements dans l’activité des gènes dus à des facteurs externes et transmis au fil des générations. Par exemple, les scientifiques peuvent ajouter des groupements méthyles (une molécule organique) à certains blocs de l’ADN. Ces modifications n’altèrent pas la séquence de l’ADN, mais permettent d’inhiber ou de favoriser l’expression d’un gène existant préalablement déterminé.

Tous les OGM ne sont pas résistants au glyphosate

Une plante génétiquement modifiée est simplement une plante dont le génome a été modifié par l’activité humaine. Pourtant de nombreuses personnes confondent cette idée de plantes OGM avec les plantes créées pour résister au glyphosate, un herbicide plus connu sous son nom commercial de Roundup. Il est vrai que les céréales OGM les plus connues contiennent un gène spécifique les rendant résistantes au glyphosate. Cela permet aux agriculteurs d’utiliser cet herbicide pour éliminer les herbes nuisibles tout en faisant pousser les céréales. Ce n’est toutefois qu’un exemple de l’insertion d’un gène dans une plante.

Il est sensé d’évaluer les OGM non pas sur leur méthode de production, mais plutôt sur leurs nouvelles caractéristiques. On peut, en effet, débattre de l’intérêt de la résistance au glyphosate qui a induit une utilisation croissante de cet herbicide alors que les autres OGM ne vont pas causer le même problème.

image-20150408-18089-zab3i7Du riz doré (à droite) comparé au riz blanc. International Rice Research Institute, CC BY

Ainsi, il est difficile d’imaginer pourquoi le riz doré, modifié pour être plus nutritif et contenir une plus grande concentration de vitamine A, pourrait nuire à l’environnement. Les OGM ont aussi été développés pour que les plantes produisent elles-mêmes des pesticides utilisés et agréés par l’agriculture biologique : par exemple une toxine naturellement produite par la bactérie Bacillus thuringiensis (ou Bt, d’où le terme de Maïs Bt). Cependant, même si ces OGM peuvent réduire l’utilisation de pesticides, ils peuvent également favoriser le développement d’insectes Bt-résistants. D’autres OGM ont été développés pour améliorer leur capacité de conservation ou leur aspect nutritionnel. Par exemple, la tomate “Flavr Savr” résistante au pourrissement, les ananas contenant du lycopène ou des tomates avec des anthocyanes. Ces deux composants sont présents naturellement dans d’autres fruits et sont considérés comme ayant des effets bénéfiques pour la santé.

image-20150409-15244-12bc0dbLa peur des croisements OGM entre règnes. elizaIO, CC BY-SA

La fameuse “tomate-poisson” contient une protéine antigel (issue du gène afa3) qui est présente naturellement dans la plie rouge et qui augmente la résistance au gel des plants de tomates. La tomate n’est pas composée de tissus de poisson, ni même d’ADN de ce poisson, mais seulement d’une séquence d’ADN identique à celle présente dans le génome de la plie rouge. La protéine  antigel afa3 est produite par le gène du même nom dans les cellules de tomates grâce aux mêmes mécanismes biologiques que ceux synthétisant les autres protéines constituant la tomate.

Y a-t-il anguille sous roche ? La question de savoir si l’introduction d’un bout d’ADN d’un organisme dans un autre est susceptible de modifier l’espèce concernée est un débat philosophique intéressant. Si un seul gène de poisson suffit à la tomate-poisson pour ne plus être une plante, sommes-nous humains, nous qui portons des centaines de gènes non-humains, vraiment humains ?

Auteur: Dr. Elizabeth Bent, Collaboratrice de recherche à l’Université de Guelph

Déclaration de publication: Elizabeth Bent a reçu un financement de la part du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation de l’Ontario (Ministry of Agriculture and Food) et du Conseil de recherche en sciences naturelles du Canada (Natural Sciences and Engineering Research Council). Elle est consultante dans sa propre entreprise, Renaissance Biological Solutions, Inc. Elle est biologiste moléculaire et microbiologiste et ne travaille pas pour ou avec des organismes génétiquement modifiés, ni n’entretient des relations avec des entreprises ou groupes promouvant l’utilisation de plantes modifiées génétiquement.

Traduction : Dr. François Bianco, Physicien sceptique passionné de sciences et de technologies

Déclaration de publication: François Bianco n’a aucun intérêt financier dans les technologies agricoles ou biotechnologiques et n’a reçu aucune rétribution pour le travail de traduction.

Relecteurs : Dr. Noé Curtz, physicien, Dr Cécile Monard, microbiologiste

Source: https://theconversation.com/not-all-gmo-plants-are-created-equally-its-the-trait-not-the-method-thats-important-39532

L’article peut être republié et réutilisé sous licence CC-BY-SA-ND, version exportable depuis Google Drive.

 

Si vous aviez malheureusement regardé le documentaire, voilà des pistes pour analyser ses sources d’informations :

Publié dans Sceptique

¡Pura vida!

Décision de dernière minutes, je vais profiter de cette fin d’année pour voir un autre bout du monde. C’est avec beaucoup d’excitation et un soupçon d’hésitation que j’achète mes billets quatre jours avant le départ : destination le Costa Rica. Même l’émetteur de ma carte de crédit ne semble pas croire mon départ possible, je reçois dès le lendemain un téléphone du service des fraudes pour s’assurer que j’ai bien passé les dernières transactions. Tout s’enchaîne rapidement. Plus le temps de réfléchir à ce que j’ai décidé, je refais mon sac, j’organise mes derniers jours en Suisse, dont un sur les lattes pour avoir un avant goût de l’hiver avant de partir à la plage. J’arrive même a trouver un appartement le soir avant mon vol. Et si certains m’ont dit avec un poil de jalousie « La chance que tu as ! », d’autres m’ont dit amicalement « On a que ce que l’on décide. ». Cela me fait penser à la devise “If you want it, make it happen”. (Si vous voulez quelque chose, faites que cela se passe.)

Une fois devant les écrans de départs à Genève, je remarque que les aéroports me semblent étrangement familier, sûrement normal après tous les vols que j’ai pris durant l’année passée. En attendant l’embarquement, je repense avec un grand sourire à mon voyage, à tous les gens que j’ai revus depuis mon retour en Suisse, aux amis de voyage avec qui j’ai réussi à garder contact, à ma future vie à Berne et à ce voyage totalement à l’improviste. Je profite de mon trajet pour dévorer “The Big 5 for Life” dont je vous ai parle récemment et qui m’a permis de remettre tout cela en perspective.

Le Costa Rica, cette fine bande de terre au milieu de l’Amérique Centrale est délimitée par le Nicaragua, au Nord et le Panama, au Sud et bordé par les océans Pacifique et Atlantique. Si ce pays possède une superficie d’un quart de plus que la Suisse, il n’a, avec quatre millions et demi d’habitants, qu’à peine plus que la moitié de notre population. Même si le pays est traversé par des chaînes de montagnes, rien de comparable aux Alpes, la majorité de territoire serait habitable. Pourtant, la population est concentrée à San José et les quelques villes de banlieue. En effet, plus de deux millions de personnes habitent dans la zone métropolitaine de la capitale, ce qui rend le reste du pays bien calme et sauvage. Aux alentours de la capitale, la végétation est luxuriante et d’un vert profond, sur les flans du volcan Irazú et des autres montagnes encerclant la ville poussent pois, pommes-de-terres, oignons et autres tubercules, alors que les vallées extérieures hébergent des plantations de café et de thé.

Dès leIMG_6416 Drops of water in the Sundeuxième jour, je retrouve, Pauline, rencontrée l’année passée au Myanmar avec qui je vais voyager ici à nouveau. Cette fois, nous partons en mode explorateurs avec notre quatre-quatre. Toutefois avant l’aventure, notre séjour au Costa Rica débute dans un cadre luxueux et très relaxant, à quelques kilomètres de la plage de Tamarindo, perdu dans une magnifique villa avec vue sur l’océan où l’on participe à une retraite de yoga. Devant notre immense villa, le soleil se reflète sur la piscine à débordement semblant couler directement dans l’océan. Celle-ci termine la spacieuse terrasse qui nous sert de salle de yoga et de salle à manger. Quoi de mieux pour commencer sa journée que de méditer et faire du yoga à la douce lumière du matin égaillée par le chant des oiseaux ? Durant presque une semaine notre petit groupe de cinq yogis se détend et profite durant la journée des plages environnantes. Je vous rassure, le cadre de cette retraite de yoga n’a rien à voir avec un camp d’ascètes, de vipassana ou d’autres orthorexistes — personnes avec une obsession pour la nourriture ultra-saine. En fait, on partage du chocolat (suisse évidement !), des vins argentins et chiliens, ainsi que des bières pour accompagner les excellents repas typiques costaricains. Malheureusement, les jours passent vite, il nous faut quitter notre confort trop luxueux pour prendre la route et partir à la découverte de ce pays en version backpakers. C’est le début de notre road trip. Nous nous rendons sur plages les plus au Nord de la côte pacifique, avant de prendre la direction des terres du Nord pour visiter nos premiers parcs nationaux.

Ce qui marque premièrement au Costa Rica, c’est que peu importe où que vous soyez dans ce pays, vous entendrez la fameuse salutation costaricaine «  Pura Vida ! ». Cette expression viendrait d’un film mexicain ¡Pura vida! de la fin des années cinquante qui s’est popularisée à en devenir le slogan du pays. Cette forme de salutations reflète bien, à mon avis, le climat agréable de ce pays où il fait bon vivre… sa signification est, pour ceux qui se souviennent du Roi Lion, l’équivalent de la philosophie hakuna matata. Ici, le coût de la vie est plus élevé que dans les pays voisins, mais la population est globalement aisée et vit dans des conditions excellentes. Les services médicaux y seraient même plus accessibles qu’aux États-Unis. Il reste bien sûr des choses à faire pour répartir les richesses, réduire le chômage et permettre une vie meilleure au plus pauvres, mais les disparités ne semblent pas aussi grande que dans d’autres coins du monde. Le Costa Rica a aussi une particularité dont peu de pays souverain peuvent se vanter : il n’a plus d’armée depuis 1949. Un exemple à suivre ?

Nous visitons après les quelques plages du Nord, le parc du Rincón de la Vieja — littéralement, le coin de la vieille — une région volcanique active avec des geysers, des bains de boue dégageant une odeur nauséabonde d’œuf pourris et d’autres fumerolles. Nous faisons aussi nos premières rencontre avec la faune locale. On y croise un coati ­— une sorte de cousin du raton laveur, typique de l’Amérique Centrale et du Sud — pleins insectes et, avec beaucoup de chance semblerait-il, un petit tatou qui est habituellement actif seulement de nuit. Dans les environs, nous nous rendons également dans le parc du volcan Tenorio qui abrite le Rio Celeste. Cette rivière d’un bleu azur serait, selon la légende locale l’endroit où Dieu rinça ses pinceaux lorsqu’il termina de peindre le ciel après la création du Monde. La physique nous explique cependant que c’est l’augmentation de l’acidité de l’eau au point de rencontre de deux rivières qui permet l’agglomération de cristaux d’aluminosilicate présents naturellement dans le Rio Buenavista. Ces nano-particules minérales en suspension dans l’eau dispersent la lumière, comme les gouttes d’eau lors d’un arc-en-ciel et à cause de leur taille diffuse principalement le bleu, comme l’explique une récente étude. [Castellón & al., Scattering of Light by Colloidal Aluminosilicate Particles Produces the Unusual Sky-Blue Color of Río Celeste (Tenorio Volcano Complex, Costa Rica), PLos One (2013) 8(9): e85165]

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Ceviche

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Patacones et purée de fjioles

Même si elle n’est, de bases, pas très épicées, la gastronomie locale réjouis les papilles. Nous dégustons, entre autre, le gallo pinto — un riz mélangé avec des fèves de haricots —, les fijoles — une purée de haricots noirs —, des plantains cuits, des œufs brouillés, des patacones — une sorte de frite locale a base de plantains —, des tamales — un riz collant cuit dans des feuilles de bananiers —, les fameux ceviches — un peu le sushi américain, à base de poisson frais cuit dans du jus de citron —, ou encore du riz sauté aux crevettes. Les plats sont habituellement épicés avec de la coriandre, des oignons, de l’ail du sel et peuvent être additionné d’une sauce verte locale appelée Salsa Lizano. Profitant d’être à proximité des zones de pêche pour manger beaucoup de poissons, j’ai probablement englouti une dose d’oméga 3 plus grande que celle cumulées sur les cinq dernières années…

Après ce passage dans les parcs du Nord du pays, nous retournons sur la côte à Samara. Nous en profitons pour visiter quelques plages confidentielles : Juanillo, Avallenas, qui complètent bien les Playa Flamingo, Negra et Junquillal vues auparavant. Depuis ce petit village, nous mettons le cap au Sud en suivant la côte de la péninsule de Nicoya. La vie sur cette péninsule y est douce, comme en témoigne le fait qu’il s’agit d’un endroit du monde où l’on reporte que les gens passent régulièrement le cap des cents ans en bonne santé. Le chemin de la côte emprunte ce que le Lonely Planet liste comme une des pires routes du Costa Rica. Nous roulons en effet sur des routes en terre, souvent défoncées, parfois boueuses et nous traversons plusieurs rivières à gué dont quelques une de nuit avec l’aide bienveillante d’un local qui se trouvait par chance sur notre chemin. Nous nous arrêtons à Santa Terresa, un petit village hippie de surf, yoga à l’atmosphère relaxante. Nous logeons à deux pas de la plage chez Juan qui nous montre comment nourrir les dizaines d’iguanes qui squattent le toit en tôles de son auberge. La plage de Santa Terressa est une vraie machine à vagues causées par le point de cassure de la côte. Imaginez vous dans l’eau, emporté par les courants et face à un mur d’eau prêt à s’abattre sur vous… cachant le suivant qui ne saurait tarder. On y surf jusqu’au coucher du Soleil. Le tableau est tellement beau qu’il semble presque irréel. Sur les grosses vagues jaillissent en ombres chinoises les surfeurs aguéris. Les nuages, le ciel et les vagues se mélangent dans des tons orangés, rouges et blancs. Et même si on est encore loin de surfer les vagues bleues, les blanches, plus calmes, nous offrent nos premières sensations sur les planches de surf. Simone, un italien qui s’est immigré pour faire du surf ici, nous coache avec enthousiasme. Je note que c’est un vrai plaisir de rencontrer des gens passionnés comme lui qui partage leur engouement spontanément. Le spot nous plait tellement que nous décidons d’y passer plus de temps avant de terminer notre visite de la péninsule par un petit saut à Montezuma. Nous traversons en ferry le golf de Nicoya pour continuer notre périple au Sud. Sur le bateau, la croisière locale s’amuse sans se soucier de l’orage qui s’abat en mer. Avec les éclairs au loin, la musique à fond, les bières et les danses, on se serait cru dans une boîte de nuit.

À prIMG_7048proximité de Playa Dominical, où nous logeons en plein cœur de la forêt dans une grande maison se mêlant avec la forêt luxuriante, nous trouvons notre deuxième coup de cœur au niveau des plages : Playa Hermosa. Finalement, à environ deux heures au Sud, nous atteignons Sierpe d’où nous partons explorer le parc national de Corcovado. Accompagné d’un guide local et de sa femme, nous commençons par une expédition de nuit dans la forêt tropicale à la recherche des fameuses grenouilles vénéneuses du Costa Rica. César, notre guide local passionné aussi, nous fais découvrir tous les insectes, araignées, oiseaux et reptiles du coin durant cette ballade à travers les nuages de moustiques… heureusement que le spray ramené de Thaïlande surdosé en DEET (50%, interdit en Suisse) en repousse un ou deux sur les centaines… on les chasse, on en mange, on en respire… mais cela fait partie de l’aventure. Le lendemain, un trajet en bateau un poil long nous conduit sur la région côtière du parc où nous observons quelques espèces de signes, des perroquets et des crocodiles. Nous avons même le privilège de voir un de ces dernier, ayant fait intrusion dans l’océan, en train de dévorer un pélican à proximité de ce qui serait une plage idyllique. La région Sud est également intéressante au niveau archéologique et historique. En effet, plusieurs sites, dont Finca 6 entre Sierpe et Palmar Sur présentent des sphères rocheuses parfaites, parfois polies. Celles-ci ont été taillées par la civilisation pré-colombienne, les Diquis qui régnaient sur une large partie du Sud.. Elles servaient probablement comme marque de pouvoir par les élites du delta. Depuis juin 2014, l’UNESCO a même ajouté ces sphères particulières dans la liste du patrimoine mondial.

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Traversée à gué à dos de mulet…

Il est désormais temps de repartir au Nord. Nous décidons de chevaucher une fois de plus les vagues. Mais, aléas du surf ! Lors de mon dernier jour en surf, à proximité de Jaco, je marche malencontreusement sur une raie tapie sous le sable, qui mécontente m’a piqué au talon. Ces poissons cartilagineux, qui sont en fait de la même famille que les requins, possèdent un dard effilé avec des denticules qui rentre comme un couteau dans du beurre dans la peau, infligeant ainsi au moins chanceux une belle coupure adjointe d’une bonne dose de venin. La douleur occasionnée est bien plus importante que celle d’une piqure d’abeille, j’en ai presque les larmes aux yeux. Finalement, à l’aide d’anti-histaminique et d’anti-inflammatoire la douleur s’estompe. Bref même si je n’ai pas pu profiter de mon dernier jour de surf, j’espère repratiquer ce sport fun prochainement. Et désormais, je saurais en plus qu’il vaut mieux frotter ses pieds dans le sable pour déranger ces animaux plutôt que de les écraser bêtement. Sachez que si vous vous faites piquer vous aussi, le venin est thermolabile, c’est à dire qu’il est inactivé par la chaleur : trempez le membre touché dans de l’eau à 45°C (attention à ne pas se brûler quand même).

Voilà, retour dans le tumulte de San José après avoir une bonne dose de calme, de relaxation, de surf et de soleil sur les plages. La boucle est bouclée. Merci à Pauline d’avoir partagé l’aventure costaricaine avec moi. À bientôt j’en suis sûr.

De retour à la maison, je vous souhaite d’ores et déjà une belle fin d’année ! Et n’oubliez pas de réaliser vos rêves. ¡Pura vida!

Publié dans Voyage

The Big Five for life

Inspiré par ma dernière lecture, j’ai envie de vous la partager. Comme certains le savent déjà, je n’ai pas l’habitude de lire des romans. Mes lectures se portent soit sur des livre de développement personnel ou alors à caractères scientifiques. Ces livres me permettent de mieux saisir notre manière de vivre et de réagir ou de mieux comprendre le monde qui nous entoure. Le livre dont je vais vous parler dans ce billet s’intitule “The Big Five For Life” (« Les cinq grands pour la vie »). Contrairement à d’autres livres de management ou de développement personnel, celui-ci est romancé ce qui rend sa lecture très agréable, tout en nous enseignant ses principes par l’exemple plutôt que théoriquement. Si vous comptez désormais le lire, ce que je vos recommande, mieux vaudra revenir ici plus tard, car ce qui suit est un résumé des enseignements les plus importants de celui-ci.

Toute l’histoire de ce livre tourne autour d’une question centrale, un peu déroutante : « Est-ce qu’aujourd’hui est une bonne journée pour votre musée ? » C’est par celle-ci que Thomas Derale interpelle Joe lors de leur première rencontre un bête lundi matin sur le quai du métro. Ce sera au fur et à mesure de leurs rencontres que Joe découvrira ce qui se cachait derrière cette question. Le musée dont parlait Thomas serait votre propre musée — celui qui révèlerait votre vie, mais non pas comme vous souhaiteriez la montrer aux autres, mais exactement comme vous la vivez. Si vous êtes toujours de mauvaise humeur, ou déprimé par ce que vous faites, cela apparaîtrait dans les photos illustrant ce musée spécial dont vous seriez, une fois votre vie terminée, le gardien ad eternum. Comment vivriez-vous si votre manière d’agir et votre humeur seraient conservées chaque jour pour remplir ce musée ? Prenez un instant pour visualiser votre musée jusqu’à aujourd’hui… satisfait ?

Thomas Derale est un caractère ultra-charismatique qui a su rester simple, malgré son succès en tant qu’entrepreneur. Il est à la tête d’un empire de quatorze entreprises employant des centaines de personnes. Il doit sa réussite à l’adéquation entre sa manière de vivre et le but de son existence. Il souhaitait donner aux gens l’opportunité de se réaliser et d’être elles-même en harmonie avec leur travail. Au sein de ses compagnies, il n’a donc engagé que des gens en accord avec le poste proposé et leur but personnel. Que verriez-vous, en effet, dans votre musée si votre vie n’était pas en accord avec votre but personnel de l’existence ? Probablement que celui-ci serait triste et noir. D’après Thomas, chacun d’entre-nous doit définir son propre but, il n’en existe pas un, identique pour chacun d’entre nous, il est personnel. Ce qu’il montre de manière excellente au travers d’exemples variés, mais pour cela je vous laisse vous plonger dans ce livre.

Joe va encore recevoir de Thomas un autre enseignement auquel se réfère le titre de ce livre. Les Big Five For Life – les cinq grands pour la vie — qui font écho au cinq grands animaux que l’on peut voir durant un safari dont Thomas était un fan. Si, lors d’un safari, vous ne voyez que trois de ces cinq animaux, celui-ci sera considéré comme moyen, quatre excellent et cinq parfait. D’après Thomas, en plus du but de l’existence, que l’on pourrait voir comme la manière de prendre le chemin, il demande à chacun de ses employés de définir les cinq choses qu’ils souhaiteraient atteindre ou avoir dans leur vie. Celles-ci seront comme des objectifs qui permettent de décider où aller. Pour s’assurer que chacun est en accord avec le but de son existence et ses big five, ses collaborateurs ont tous explicitement au dos de leur carte de visite leur big five ainsi que leur but personnel.

Les gens sont comblés de travailler pour Thomas puisque en accord avec leur but personnel et pouvant réaliser leurs big five. Les employés de Thomas sont donc plus motivés, plus efficaces, donc plus productifs. Ceux-ci sont aussi beaucoup moins sujet à quitter leur poste, ce qui augmente encore la productivité et réduit les coûts en évitant de devoir reformer continuellement de nouveaux collaborateurs. Pour Thomas, si les coûts plus l’effort engagé sont plus petits que les bénéfices attendus (C + E < B) cela vaut la peine de le faire. C’est cette recette qui a amené sa réussite.

Je vous invite donc à définir vos big five et votre but personnel et, peut-être, à les partager. De mon côté, j’y pense encore, mais voilà ce qui est passé par ma tête juste après cette lecture.

But de l’existence :

J’aimerais utiliser mon attrait et mes connaissances en science et dans les technologies de l’information pour la réalisation de projets innovants contribuant au bien commun.

Big five:

  •  Parler 6 langues couramment
  • Pratiquer du sport de manière adaptée à ma condition physique, si possible dans la Nature
  • Profiter du temps à disposition pour découvrir le monde et ses habitants
  • Contribuer à la communauté dans les domaines qui ont de la valeur à mes yeux
  • Vivre une relation de couple harmonieuse
Publié dans Livres, Personnel, Réflexion

Un téléphone équitable ? Le Fairphone.

Aprfairphone-logo@2xès cinq ans de bons et loyaux services, j’ai décidé de troquer mon ancien téléphone contre un Fairphone. Mon vieux HTC trouve une deuxième vie et fait entrer ma maman dans le monde des téléphone intelligent — ou smartphone, pour les utilisateurs d’anglicismes. Mais qu’est-ce que ce téléphone équitable ? Qu’offre-t-il de plus par rapport au marché actuel ?

Alors que les premiers i-téléphone version six font la une en se pliant dans les poches de leur propriétaire, un groupe d’utilisateurs utilisent désormais un téléphone dont le modèle économique et la fabrication depuis l’extraction minière et l’impact environemental en passant par l’assemblage sont les plus équitables et responsables possible. Voilà les critères que se sont fixés les créateurs du Fairphone :

  • une meilleure redistribution des bénéfices le long de la chaîne de production,
  • un contrôle de la provenance des composants pour éviter le financement de groupes armés, impliqués dans des conflits,
  • le recyclage d’anciens téléphones au Ghana, où sont abandonnés de nombreux déchets électroniques
  • une moindre consommation en énergie et une facilitation de la réparation et du recyclage.

Sur leur site web tout est transparent et la progression vers ces objectifs sont exposé ouvertement aux internautes curieux dans leur roadmap. J’ai choisi arbitrairement quelques points que je trouve digne d’intérêt pour montrer la mise-en-œuvre et la cohérence de leurs idées.

FAIRPHONE CostBreakdown_150dpi_130913Par exemple, le prix de vente du téléphone est entièrement détaillé dans une découpe des coûts présentées par la coopérative. Il serait intéressant de voir les montants alloué à la publicité par les marques conventionnelles de téléphones portables, qui en fin de compte est subventionnée par les acheteurs. On notera aussi au niveau du modèle économique que la coopérative Fairphone s’est auto-financée par les pré-commandes de clients qui ont attendus, pour certains, plus d’un an avant de recevoir leur téléphone mais qui étaient convaincus par l’idée et on accepté d’investir dans celle-ci. Aujourd’hui, plus de temps d’attente, si ce téléphone vous intéresse, il y en a en stock et vous le recevrez en quelques jours !

L’extraction minière est réalisée uniquement dans des zones sans conflits pour stimuler les alternatives et aider les populations locales. J’espère que l’exemple du Fairphone fera école, car pour avoir vu des mines aux Laos et visités d’autres en Bolivie, l’exploitation des ressources naturelles n’est réalisée pratiquement que pour minimiser les coûts d’extraction.

L’analyse du cycle de vie complète est en train d’être réalisée, mais on relèvera en premier lieu que le Fairphone n’inclut dans son emballage ni chargeur mirco-usb, ni écouteurs mini-jack d’où une économie substantielle d’énergie grise puisque les utiliseurs peuvent simplement réutiliser ceux qu’ils possèdent déjà chez eux (à l’exception des utilisateurs de i-téléphones qui ne respectent pas, eux, les standards industriels en matière de chargeur).

Le design de ce téléphone s’oppose également à l’obsolécence programmée imposée par nombre de constructeurs. En effet, la réparabilité du Fairphone est qualifiée de relativement bonne d’après le site de réparation communautaire i-fixit et surtout Fairphone fournit la liste complète des composants ainsi que des manuels libres et gratuits de réparation. La batterie peut être remplacée sans outils et les utilisées vis sont standards.

Si vous voulez en lire plus, Le Temps a justement parlé de ce téléphone dans ces colonnes hier. La plus grande ombre qui pèse sur ce genre d’initiative à mon avis est que pratiquement tous les utilisateurs subventionnent par leurs abonnements le remplacement aux deux ans de leur appareils mobiles, il faudrait que l’on puisse payer des abonnements sans payer cette taxe incitant au gaspillage.

Resources CC-BY-NC-SA Fairphone

Publié dans Economie numérique, Réflexion

De l’intérêt des licences libres

Shrimps at the marketDepuis bien longtemps, je suis un fervent utilisateur et promoteur des licences libres que ce soit pour mes bouts de codes, mes photos et mon blog. J’utilise aussi volontiers des images en licence Creative Commons dans mes présentations pour illustrer mes propos et tous les programmes informatiques que j’utilise sont des logiciels libres. Ce matin, je suis tombé sur une de mes photographies de voyage réutilisée pour illustrer les controverses liées à la pêche des crevettes. En faisant une petite recherche sur le net, j’ai trouvé plusieurs photos illustrant divers articles dont un sur l’éducation dans les zones rurales en Amérique Latine, un sur les codes culturels lors de repas en Thaïlande, et un sur le site d’une agence de Trekking au Népal, ainsi qu’une page de projet d’un logiciel libre.

Qu’est-ce que j’en retire ? De la satisfaction que mon travail soit vu et utilisé, des vues supplémentaires sur mes productions, mais surtout l’impression d’avoir contribué à mon tour à ce système d’échange et de partage libre et légal dont nous bénéficions tous les jours. En effet, qui ne cherche pas une information sur Wikipédia de temps en temps ? N’utilise (sans le savoir peut-être) des logiciels libres ? Ou, réutilise une image prise sur le net (malheureusement souvent sans vérifier la légitimité de la réutilisation et sans en citer la source) ?

Pourquoi ne pas mettre un droit d’auteur contraignant et monétiser mes productions ? Je vous retourne la question: combien d’entre-vous aurait été prêts à payer pour lire mes articles ? Combien paient pour l’utilisation des images piochées sur le net ? Très peu probablement. De toutes façons, j’aurais écrit et fait des photos lors mon voyage alors autant les partager en ligne et obtenir la satisfaction d’avoir un public. Je paie bien sûr le coût de production (mon temps, mes trajets, mon appareil photo et mon ordinateur), mais je l’aurais quand même fait pour moi et le coût de partage, une fois en ligne, est négligeable ou nul. Si je résonne un peu plus loin, on se rend compte que pour le partage de mes photos on est en pleine théorie des jeux en présence d’un dilemme du prisonnier, peut-être un peu biaisé puisque je sais que d’autres ont déjà collaborés et que j’ai déjà profité de leur partage. L’intérêt général est maximisé lorsque tout le monde collabore alors que si l’on optait tous pour le choix de l’option « vente  », on serait tous perdant.

J’en profite pour vous rappeler qu’en faisant une recherche de photos sur Flickr vous pouvez choisir de ne voir que les photos sous licences libres Creative Commons (sous le bandeau du haut après avoir tapé un mot de recherche). Bon partage !

Les articles en questions ci-dessus :

Publié dans Culture libre, Propriété intellectuelle

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