Du minimalisme

Dix fordad1mois sur les routes du monde, avec mon seul sac-à-dos. J’ai appris à vivre avec un minimum d’affaires, un unique pantalon, deux t-shirts et quelques affaires de montagne pour faire face au froid. Avant mon départ, j’avais aussi décidé de lâcher entièrement prise sur les objets que je possédais. Absolument tout ce que j’avais a été trié méthodiquement à chaque fois avec la même question « vais-je réellement et honnêtement me servir de cet objet dans le futur ». Dans la négative, il a été donné (ou vendu). Combien de choses traînent dans vos armoires, caves, galetas, gardes-meubles, garages pour une potentielle éventuelle utilisation future… et dont probablement, vous aurez oublié l’existence lorsque vous en aurez besoin ? Faites le tri, donnez, vendez, libérez-vous de l’attachement craintif pour les choses, de peur d’en manquer ensuite. « Moins [de choses] c’est plus [de liberté] ». Pensez, si vous n’avez pas le besoin d’acheter constamment et que vous êtes plus satisfait avec ce que vous possédez, ne serez-vous pas plus libre ? Bien au contraire de la pensée de vouloir toujours plus : un meilleur téléphone, une nouvelle voiture, une plus grande maison… et donc la nécessité de gagner plus et ainsi augmenter votre dépendance à votre argent. Cette manière de penser et fonctionner est un lègue malheureux de la surproduction des années vingt où l’on nous a éduqué via la publicité à la consommation compulsive, à l’obsoléscence et à la culture du jetable dans le but d’absorber l’abondance de bien sortant des usines américaines.

Bientôt dix mois sur les routes du monde, avec mes seules pensées. J’ai appris à vivre avec seulement les pensées positives qui m’entourent. J’ai été surpris du nombre d’idées, de préjugés, de manière de voir négatives que l’on traîne comme des boulets avec nous. Entre les gens qui me mettaient en garde avant mon départ : difficultés de revenir, problème pour trouver un travail, dangers autour du monde, solitude… Même entre voyageurs, on se transmet, parfois, nos craintes. En effet, en Asie avant de venir en Amérique du Sud, presque toujours le même refrain : « tu fera attention, il y a tellement de voleurs là-bas, tu tiendra ton sac sur les genoux dans les bus…». Oui, il y a des vols, mais pas forcément plus que chez nous, ni qu’en Asie. Je reste bien sûr alerte, mais j’ai lâché rapidement cette pensée qui m’empêchait de rencontrer les gens puisque je les soupçonnais d’entrée. Et vous combien de pensées négatives vous retiennent de vivre et profiter pleinement de ce qui vous entoure ? Trouvez-les et éliminez les ! N’avez-vous pas non plus des scripts mentaux donnés par vos proches, vos ennemis, votre patron que vous ne faîtes que de suivre par peur de les décevoir ? Si oui, éliminez, effacez et reprogrammez-vous selon vos besoins et vos attentes.

La phrase la plus dangereuse de la langue est « On a toujours fait cela comme ça. »
Grace Hopper

Bien sûr, en partant, j’ai quitté mon confort, la facilité de vie en Suisse – oui, ouvrez les yeux, vous avez un toit, à manger de l’agrent, des proches, des assurances, des institutions bienveillantes et tout le confort possible – pour vivre autre chose et autrement. Qu’avez-vous envie de vivre hors de votre zone de confort ? Briser un peu l’équilibre, vous fera découvrir plein de choses sur vous. Je me suis senti entièrement libre, pouvoir disposer de mon temps pour faire exactement ce qui m’intéresse, apprendre, lire. J’en ai appris bien plus sur le Monde et les différents pays d’un point de vue économique et social que ce que j’aurais pu le faire en restant chez moi. J’ai développé un peu mon habileté à prendre des clichés photographiques. J’ai appris l’espagnol. J’ai réfléchis et pris du recul sur notre monde occidental. Je me suis senti libre et j’en ai profité. « Qu’est-ce être libre pour vous ? »

Ne pourrait-on pas retourner à vivre plus simplement ? Je ne parle pas de retourner dans les bois avec des bougies ou un feu de camp, mais de se poser la question sur notre consommation. Ne pouvant qu’admirer la formulation de José Mujica, président d’Uruguay, je vous la retranscris ici (et vous invite à lire l’entrevue complète) :

« Ce n’est pas l’apologie de la pauvreté mais celle de la sobriété. Mais comme nous avons inventé une société consumériste, l’économie doit croître. Nous avons inventé une montagne de besoins superficiels ; nous vivons en achetant et en jetant. Mais ce que l’on dépense vraiment, c’est notre temps de vie. Parce que lorsque j’achète quelque chose ou que toi tu achètes quelque chose, tu ne l’achètes pas avec de l’argent, tu l’achètes avec le temps de vie que tu as dépensé pour gagner cet argent. A cette différence que la seule chose qui ne peut pas être achetée, c’est la vie. La vie ne fait que s’écouler et quel malheur de l’employer à perdre notre liberté. »

Le temps est plus important que l’argent, car « demain, comme n’importe qui, je serai un tas de vers qui s’en va », votre argent qu’un chiffre dans un ordinateur et vos choses vouées à la décharge.

stuff-cc-lyzadangerNe pourrait-on pas s’offrir plus d’expériences ? Plutôt que des objets dont on va se lasser très rapidement par accoutumance hédonique – le principe physiologique humain de revenir au même niveau de bonheur quoi qu’il arrive —, ne vaut-il pas mieux plonger proche d’une plage paradisiaque ? voir un concert de son chanteur favoris ? sortir dans un restaurant gastronomique avec ses amis ? prendre un cours ? Les expériences créent des souvenirs inoubliables et sont sujettes à la réinterpértation positive. Exemple, une randonnée à ski dans le grand Nord qui se termine par une nuit dehors à dormir sur un traîneau en pleine tempête de neige ? quelle aventure incroyable, non ? Celui qui m’a conté cette histoire avait un grand sourire en y repensant. Essayez à l’occasion l’expérimentalisme plutôt que d’acheter un objet dont vous n’avez pas vraiment besoin et dépenser votre argent dans une expérience… Comment vous sent(ir)ez-vous ?

Pour continuer la réflexion, je vous invite à voir quelques conférences TED en suivant les liens ci-dessous et à lire Stuffocation de James Wallon :

NB: Au passage, je m’excuse au près de Henri Ford pour le mauvais exemple. Il a, en effet, refusé le jeu de l’obsolécence et a continué a produire des voitures fiables durant plus de vingt ans, avant d’être forcé par la concurrence de General Motors, de laisser de côté ses principes.

Photo magasin CC-BY-SA lyzadanger (Wikipedia)

Publié dans Réflexion

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